Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 10:52

C’était finalement la question centrale lors de la formation que j’ai animée le 17 janvier 2012 pour les accompagnateurs scolaires du Centre Social Paul Gauguin à Alençon : est-il nécessaire de maitriser tous les contenus pour aider l’enfant dans ses devoirs ? Une réponse extrémiste serait de dire que non, justement, il faut mieux ne pas savoir ! Comme nous le dit Joseph Jacotot: « on peut enseigner ce que l’on ignore, si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence ». Il ajoute même, à peu près en ces termes, qu'on ne peut enseigner que ce que l'on ignore car si on connait, on est tenté de l'expliquer et on empêche ainsi l'autre de comprendre par lui même. Expliquer quelque chose à quelqu'un, c'est d'abord lui démontrer qu'il ne peut pas le comprendre par lui même (Ranciere, 1987).


 

Dans notre cas, de toute façon il ne s’agit pas d’enseigner, car c’est le travail des enseignants, mais d’accompagner les enfants, le soir, dans un autre cadre que celui de l’école. Donc, pourquoi se priver de cette légèreté mesurée d’être celui qui ne sait pas forcément tout, mais qui, attentif et bienveillant, questionne sans avoir l’obsession d’évaluer, aide l’enfant à utiliser les procédures les plus efficaces pour lui, propose des ressources et éventuellement l’aide des autres accompagnateurs et des autres enfants pour ouvrir les cadres de pensées, et surtout fait pleinement confiance à celui qui apprend ?

 

Alors celui-là permettra-t-il à celui-ci de changer de regard sur ses propres capacités d'apprenant, et à entrevoir un savoir accessible, une autre manière d’apprendre où l’objet, la matière, le contenu … ont du sens, et peuvent être autrement plus captivants que les notes, les résultats, les appréciations des professeurs. Autrement dit que l’on peut apprendre pour comprendre, et pas uniquement apprendre pour réussir.


 

Formation des accompagnateurs scolaires
Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Usages
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 07:04

Enfin, quand je dis mon voisin, ce n’est pas tout à fait exact : disons plutôt que c’est une personne du village, que je n’ai pas encore identifiée, mais qui est suffisamment proche pour me faire  profiter, souvent l’après-midi, de ses entrainements musicaux. Car quand je dis qu’il joue de la trompette, ce n’est pas non plus tout à fait exact : disons plutôt qu’il apprend à en jouer, et qu’il n’est pas encore prêt, loin s’en faut, à donner un récital.

 

Mais ce qui pour d’autres pourrait constituer une source d’agacement est pour moi un vrai moment de bonheur.  C’est avec une oreille attentive que je suis, à distance, tous  ses progrès, admiratif de la régularité de ses entrainements, respectueux de la patience avec laquelle il recommence ses exercices pour obtenir l’accord juste, l’encourageant intérieurement à reprendre les morceaux plus ardus, appréhendant avec lui le passage délicat qu’il a toujours du mal à aborder, heureux avec lui lorsqu’il réussit une partie sans faute. Je suis comme ça, j’aime les gens qui apprennent, même si je ne les connais pas !  

 

C’est pourquoi, en ce début 2012, je souhaite à tous ceux qui me lisent, une année pleine de projets d’apprentissage. Négocier une formation avec son supérieur hiérarchique, s’inscrire à un club, retrouver le chemin de la fac, peu importe le moyen. Ce qui est vital en revanche est de s’interroger sur ce que vous souhaitez apprendre de nouveau cette année, se fixer des objectifs, planifier du temps pour apprendre, organiser ses ressources et surtout garder le cap !

 

Les années électorales sont souvent suivies de réformes importantes de l’éducation et de la formation. 2012 n’échappera pas à la règle, tous les candidats à la présidentielle ayant bien compris l’importance de l’enjeu. Mais il ne faudrait pas, sous le fallacieux principe d’efficacité, inféoder la formation au seul  objectif d’insertion professionnelle. Pour le jeune enfant qui doit tout apprendre pour développer son autonomie, pour l’adolescent qui apprend afin de s’insérer dans un métier mais aussi dans la citoyenneté active, pour l’adulte qui continue de se former pour rester au niveau, évoluer ou viser l’expertise professionnelle mais aussi s’épanouir dans l’activité de loisir qu’il aura choisie, pour la personne plus âgée qui apprend son métier de grand parent mais aussi, plus prosaïquement, à utiliser son téléphone portable dernier cri … les raisons d’apprendre et de se former  sont diversifiées et elles accompagnent tous les âges de vie. Une société qui prétend devenir cognitive doit se donner les moyens d’accompagner tous ces moments et tous les projets d’apprentissage, personnels comme  professionnels et la formation doit devenir un droit permanent. Toutes les propositions qui ne manqueront pas d’apparaitre dans les mois à venir (et les grandes manœuvres ont déjà commencées !) seront à regarder et analyser attentivement, mais sans fermeture d’esprit, sans rester bloqué dans une vision sclérosée de la formation  qui ne serait qu’un enjeu de négociation salariale. Ouvrir son regard sur la formation comme processus d’épanouissement personnel est sans aucun doute aussi un bon vœu à se faire mutuellement, pour les professionnels que nous sommes, en cette nouvelle année.

 

Je profite de ce premier billet de 2012 pour vous proposer plusieurs occasions de se rencontrer « pour de vrai » :

 

- Tout d’abord, je participerais à la journée hommage à Gérard Mékluz  que l'équipe Trigone-CIREL du Laboratoire Cirel (Centre Interuniversitaire de Recherche en Éducation de Lille, EA 4354) et l'Agraf (Association Groupe de Recherche sur l’Autoformation en France)  organisent le 20 janvier à Lille.  Les compagnons de route de Gérard sont invités à témoigner de leur pratique pour montrer toute l'actualité de ses idées, et pour ce qui me concerne je présenterais une communication sur l’écriture praticienne.

 

- Le 26 et 27 janvier, j’anime à Paris une formation sur « le e-learning : pourquoi comment ? ». Il reste des places, les renseignements  et inscriptions se font auprès de l’IPTR.

 

- Enfin, je participe activement à la préparation d’un colloque avec l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme intitulé « face à l’illettrisme, les rencontres numériques de l’ANLCI » qui se tiendra à Lyon les 9 et 10 février prochain. Je vous invite à vous y inscrire nombreux et aussi à participer au wiki que je vais animer en amont de ces rencontres (voir sur le site de l’ANLCI).

 

A tous et toutes, encore une fois, je vous souhaite une bonne année 2012 et vous donne rendez-vous régulièrement sur  ce blog.

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Humeur
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 16:34

unescoL’Unesco vient de publier un référentiel TIC pour les enseignants, essentiellement ceux des premier et second degrés, dont l’objectif est d’apporter un soutien aux pays pour l’élaboration de politiques et de normes nationales, concernant les compétences des enseignants dans le domaine des TIC. Cette nouvelle version, comme la précédente qui date de 2008, est le résultat d’une collaboration entre l’UNESCO et ses partenaires industriels (CISCO, Intel, ISTE, Microsoft) ainsi que des spécialistes mondiaux de l’éducation. Nous noterons au passage, et sans en tirer de conclusion, l’absence de Français dans le comité d’experts.

Constatant les défis qui se posent aux pays du monde entier en raison de l’expansion rapide des technologies et des investissements financiers qu’elles impliquent, l’Unesco pointe la carence de la formation des enseignants pour exploiter toute la puissance des TIC et l’urgence d’y répondre par une politique de formation incitative.


Ce référentiel est articulé autour de trois approches de l’enseignement, qui correspondent à trois étapes successives de la formation d’un enseignant. Dans la première approche, appelée Alphabétisation technologique, les élèves utilisent les TIC en vue d’un apprentissage plus efficace. Dans la seconde approche, nommée Approfondissement des connaissances, les élèves acquièrent des connaissances approfondies dans les disciplines qu’ils étudient à l’école et les appliquent à résoudre des problèmes complexes et concrets. Dans la troisième approche, nommée Création de connaissances, les élèves, citoyens et acteurs futurs de l’économie, créent les nouveaux savoirs indispensables pour bâtir des sociétés plus harmonieuses, enrichissantes et prospères.


Les auteurs ayant opté pour une approche matricielle, les trois niveaux précédemment cités sont croisés avec les six aspects qui composent l’activité enseignant, à savoir la compréhension de la place des TIC dans l’éducation ; le lien entre les TIC, les programmes et l'évaluation ; la pédagogie ; la maitrise des TIC ; l’organisation et l’administration des enseignements ; la formation professionnelle des enseignants. On obtient ainsi une matrice composé de 18 modules, chaque module identifiant les objectifs visés et les compétences des enseignants. Le guide propose ensuite des exemples de cours possibles, en détaillant les tâches à accomplir, leur fréquence, importance et difficulté ; l’élément déclencheur ; les prérequis ; les obstacles ; les erreurs courantes; les outils; les bonnes pratiques et enfin les modes d’animation possibles et les modalités d’évaluation et de certification.


Je trouve pour ma part ce guide assez bien fait. J’aime en particulier le caractère progressif de l’utilisation des TIC dans l’enseignement, qui n’est pas sans rappeler ce que j’avais, avec d’autres, préconisé en son temps avec l’outil COMPETICE pour les Universités françaises. Je trouve également intéressant de ne pas s’être limité aux aspects pédagogiques ou technologiques, et de n’avoir pas sous-estimé les aspects organisationnels.


Voici un exemple de cette progression :

Niveau alphabétisation technologique :

L’enseignant utilise le parc d’ordinateurs portables de l’école, ce qui permet à chaque élève de s’exercer individuellement au traitement de texte. Il organise les cours de façon que les élèves sachent exactement ce qu’ils ont à faire au deuxième cours, sans nécessiter de questions ou de discussion. Les élèves peuvent ainsi exploiter au maximum les ordinateurs portables mis à leur disposition pendant ce cours. L’enseignant utilise le réseau informatique de l’école pour enregistrer les notes de ses élèves sur un fichier central. Ce fichier est également accessible aux autres enseignants et à l’administration scolaire.

Niveau approfondissement des connaissances :

Le professeur d’EP ne dispose que de son propre ordinateur portable et d’un projecteur pendant le cours de gymnastique pour visionner des séquences vidéo. Mais il peut demander à des élèves de filmer des séquences vidéos pendant le cours, repasser les séquences sur l’écran du caméscope et sur l’écran de l’ordinateur, et organiser les activités d’EP de telle sorte que tous les élèves puissent visionner un extrait de leur propre prestation au moins une fois à chaque cours, ou enregistrer chaque semaine les résultats de leur activité physique.

Niveau création de connaissances :

Le professeur utilise son ordinateur portable pour contrôler les données saisies par les élèves sur leur feuille de calcul collaboratif et pour publier sur le site du réseau social des messages d’encouragement et des informations complémentaires sur les programmes d’exercice physique. Le professeur crée des environnements sur le système de gestion d’apprentissage de l’école (réseau informatique de l’école) pour permettre aux élèves de stocker, partager et développer leur travail en collaboration, par exemple des espaces dédiés à des fichiers partagés, des wikis ou des forums de discussion.


Reste à diffuser ce document et à souhaiter qu’il irrigue les politiques nationales. A  cet égard, un croisement avec le C2I2E (certificat informatique et internet niveau 2 enseignant) serait sans doute pertinent.

 

Pour télécharger le référentiel, cliquer ici

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Compétences
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 17:01

 

Avant de commenter à chaud les 9émes rencontres du FFFOD, ce qui sera plutôt un état d’étonnement, j’évoquerais tout d’abord un repas que j’ai pris avec Jacques Naymark, qui m’honorait de son amitié, le 24 mai 2010. Je me souviens bien de la date, car j’avais alors rédigé une note de mon blog où je reprenais nos échanges, en écrivant ceci :


« Force est de constater que la FOAD n’a pas répondu à toutes les attentes, notamment ceux des mirobolantes promesses économiques d’il y a quelques années. Si l’on s’attendait à une révolution et une suprématie, on peut effectivement considérer les tentatives de ces vingt dernières années comme un échec.  A l’inverse, on peut toutefois estimer qu’en s’appuyant sur l’évolution constante et rapide des potentialités des  technologies et sur la déferlante des usages sociaux du web, la formation a réussi sa mutation grâce aux technologies et que tout aujourd’hui est FOAD ! La plupart des appels d’offre publics promeuvent son utilisation, l’individualisation poursuit son chemin grâce aux technologies, la majorité des apprenants et des étudiants utilisent leurs ordinateurs pour rechercher, produire, apprendre, communiquer … donc le pari est réussi. L’évolution culturelle s’est faite, en douceur, en n’opposant pas un modèle contre un autre, mais en irriguant progressivement tout l’appareil de formation, dans des configurations différentes adaptées aux besoins des apprenants et aux contingences organisationnelles des centres de formation. La formation ouverte et à distance peut disparaitre en tant que concept, elle a transformé durablement les pratiques pédagogiques, ce qui était, somme toute, sa vocation initiale. Autrement dit elle a fait son temps ! ».

 

Juste après cela, j’avais fait une intervention dans une manifestation où j’avais intitulé mon propos « la FOAD est morte, vive la FOAD », ce qui m’avait valu quelques réactions virulentes, et je ne prendrais donc pas le même risque ici.

 

Les rencontres de ces trois derniers jours m’ont conforté dans cette vision dialectique de la FOAD d’aujourd’hui, qui est à rapprocher de l’approche de Marcel Lebrun et de Pierre Moeglin sur une double lecture possible du No Significative Différence (NSD).

 

Oui, la FOAD, ou en tous cas l’approche numérique de la formation, est partout, et on a vu tout au long de ces trois jours comment elle traverse à la fois les enjeux de la formation des demandeurs d’emplois, des salariés en entreprises, des universités. Mais cependant, elle est polymorphe, contingente aux projets et aux intentions des institutions et donc très différente selon les acteurs, les secteurs et les publics concernés. Sans faire de jugement de valeur, Il n’y a que peu à voir, me semble-t-il, entre le projet VISA en FOAD de la Région Centre et le projet de la GNFA, pour ne citer que ces deux-là, dans les finalités comme dans les approches. Pourtant, tous deux se revendiquent du terme de FOAD et tous les deux sont pertinents, eu égard aux finalités, très différentes, qu’ils poursuivent l’un et l’autre. De même qu’il y a peu à voir avec un serious game qui met l’accent sur la dimension ludique pour faire passer des contenus rébarbatifs et un social game qui met en avant les compétences sociales comprises comme des compétences professionnelles. Méfions-nous donc des amalgames.

 

Oui, la dichotomie « stérile » entre l’approche « humaniste » de la formation et l’approche « économique » est dépassée. Je me souviens notamment de la première fois où j’ai rencontré Pierre Moeglin, c’était à l’occasion d’un colloque à Poitiers organisé par le CNED sur l’industrialisation de l’individualisation, et son intervention avait suscité des prises de position très virulentes. Il me semble que ce ne serait plus le cas aujourd’hui, et que la plupart des pédagogues ont compris que les technologies étaient un atout et une chance pour la formation et non plus un risque de déshumanisation de la formation. Chacun s’accorde à dire que les technologies permettent de faire aussi bien que la formation traditionnelle, mais plus vite et à moindre coût, en tout cas en déplaçant les coûts vers l’amont, c’est-à-dire la production des ressources et des dispositifs, versus l’accompagnement, et qu’en outre ils produisent des effets sur la motivation, la persistance, l’intérêt des apprenants et, sans doute (ce qui reste toutefois à démontrer) sur les compétences transversales. Mais cependant, cet accord de façade masque une réelle divergence sur la manière de considérer les technologies :

 

  • soit comme un outil pédagogique, moderne, indispensable car dans l’air du temps, mais qui reste un outil, comme le manuel scolaire ou le tableau  
  • soit comme l’élément qui transforme radicalement nos manières de travailler, de vivre ensemble, et donc d’apprendre, allant même jusqu’à modifier nos processus cognitifs. 

Cela est aussi valable sur la dimension sociale des apprentissages, considérée par certains au mieux comme un supplément d’âme, au pire comme un gadget, et par d’autres comme l’élément structurant de tout apprentissage. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

 

Ces différentes dimensions renvoient aux  modèles pédagogiques et épistémologiques, qui, en quelque sorte, et cela a été bien montré par Marcel Lebrun, « subsistent » aux technologies. En résumé, on n’est pas que dans un simple continuum, avec plus ou moins de technologie, plus ou moins d’ouverture, on est dans un clivage entre deux modèles de FOAD, l’un étant plutôt une formation « instrumentée » et l’autre une formation « émancipatrice » : dans l’une, vous êtes formé, dans l’autre, vous vous formez !


Finalement, nous voilà bien embarrassé, car c’est plus facile d’être pionnier que d’être rattrapé par une réalité qui nous échappe, un peu comme lorsqu’un coureur fait la course en tête et est rattrapé par le peloton. Si la FOAD est partout, à quoi sert alors le FFFOD ?  Pour ma part, j’ai  ressenti ce flottement dans la difficulté à identifier clairement la thématique des rencontres, contrairement aux précédentes ; on était plutôt sur une juxtaposition de thématiques que dans un ensemble structuré autour d’une idée forte. C’est sans doute normal dans une organisation et cela est propice à une ré-interrogation. Je me garderais bien de donner des conseils au FFFOD sur son positionnement, je ne suis pas légitime, mais je relèverais trois faits qui m’ont surpris :

 

  • l’absence de mémoire collective qui fait qu’on a parfois l’impression que chacun réinvente la FOAD tous les matins ; j’avoue que je n’ai pas encore trouvé la solution !
  • l’absence de la thématique de la sécurisation des parcours : autant je trouve normal que chaque acteur institutionnel projette dans la FOAD des intentions qui lui sont propres, autant, justement, il m’apparait que l’on « projette » sur l’individu sans forcément prendre en compte son projet sur le long terme et qu’on le laisse seul pour reconstruire le sens entre les étapes de son parcours. Or, nous ne sommes pas égaux sur ce point, et il reste à créer des « dispositifs d’accompagnement de la formation tout au long de la vie », qui pourraient aussi être industrialisés, pour aider à cette mise en cohérence. Je dirais que nous avons créé les briques, il reste un réinventer le ciment ! Il  me semble que les e -porfolio, s’ils étaient pensés collectivement entre acteurs de la formation, pourraient aider à cette reconstitution du sens et à la fabrication du lien entre les étapes du parcours.
  • enfin, le dernier point touche à l’inventivité des formateurs pour créer des dispositifs innovants : c’est finalement très rassurant de constater que l’innovation  n’est pas toujours là où on l’attend. Pour ma part, ce qui m’a le plus captivé, c’est l’expérience du CIFA TP d’Alençon (et c’est dommage que nous n’ayons été que quelques-uns dans la salle) car ce qu’ils ont réalisé est vraiment  remarquable. Pour faire bref, l’idée a été de faire réaliser des clips vidéo pour la prévention des risques professionnels, et les productions sont réellement   impressionnantes (cf.projet MESA CIFATP). Ils ont su offrir aux apprentis les conditions de réalisation de leurs idées : l’association de professionnels du cinéma, du temps et de la disponibilité des formateurs, des moyens techniques … et surtout ils ont  fait le pari de l’intelligence et de la créativité des apprentis. 


On est loin de la FOAD, on n’est pas trop éloignés cependant des technologies de communication et notamment de l’usage des réseaux sociaux. C’est une expérience par essence non reproductible et non transférable comme telle mais c’est une remarquable « bonne pratique » qui mérite d’être versée au fonds commun de la réflexion. C’est finalement la preuve que, d’une part, l’industrialisation n’est pas incompatible avec l’artisanat ; d’autre part que l’innovation, pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, vient toujours de la déviance.

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Usages
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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 12:19

Jouer est l’une des grandes activités humaines : on joue dès l’enfance, on continue à l’âge adulte, jusqu’en maison de retraite où les activités ludiques sont particulièrement appréciées des résidents. On joue pour passer le temps, pour gagner de l’argent parfois, on joue la comédie, on joue d’un instrument de musique et on joue, aussi, pour apprendre. Nul ne peut nier que le jeu nous apprend « les choses de la vie », et qu’il nous dit autant de nous-même que de nos adversaires d’un moment.


 

C’est donc naturellement que les pédagogues se sont intéressés de tout temps aux jeux et il est presque étonnant que la formule du « jeu sérieux » soit encore considérée comme un oxymore alors que, bien sûr, le jeu c’est du sérieux ! Cependant, l’introduction du jeu dans les apprentissages pose deux questions,  celle de la réflexivité et celle de l’effort. Pour la première : tant qu’on ne sait pas que l’on a appris, on n’a pas appris, et le défi des « serious games » est de permettre, au-delà du jeu en lui-même, cette prise de conscience des apprentissages et, pourquoi pas,  leurs validations. Pour la seconde, il s’agit de rompre avec une idée répandue qu’apprendre demande des efforts, une discipline, voire une souffrance, incompatible avec une activité ludique. C’est pourtant une idée battue en brèche depuis longtemps, notamment par Ivan Illich, mais qui continue à gangréner les systèmes éducatifs. Souhaitons que les serious games attaquent de front ces défis. Ils gagneront ainsi leurs lettres de noblesse et pourront rejoindre la palanquée d’outils en tout genre dont le pédagogue s’entoure pour nous faciliter les apprentissages à tout moment, en tout lieu et en toute situation.


Ce petit préambule pour introduire le compte-rendu, forcément très sommaire, du colloque « bilan de l’appel à projets serious games » organisé par la DGCIS le 4 novembre 2011, à Paris. En 2009, l’Etat lance un appel à projet pour développer ce marché en France, 46 projets seront retenus, et la journée visait à faire un bilan d’étape.


Rappelons qu'un serious game est « une application informatique dont l’objectif est de combiner des aspects d’enseignement, d’apprentissage, d’entrainement, de communication ou d’information, avec des ressorts ludiques et/ou des technologies issues du jeu vidéo ».


C’est par une présentation du marché qu’a commencé cette journée, marché estimé en fin 2011 à 2,35 milliards d’euros et en prévision à  6,6 milliards fin 2015. 70 % du marché est américain, le marché français est quant à lui estimé en fin 2011 à 47 millions d’euros, avec une hypothèse en fin 2015 de 84 millions d’euros. Si l’on se réfère au marché global mondial de référence qui serait de 5000 milliards d’euros  (si l’on agrège l’enseignement, la santé, la défense …), on ne peut que relever l’immensité des marges de progrès réalisables. En termes d’édition, une baisse significative est constatée entre 2009 et 2010, que Laurent Michaud, de l’IDATE, explique par l’augmentation de la croissance des investissements par projet, une demande moins importante que prévue (peut-être due à la moindre qualité des services offerts), une offre stimulée par l’Appel à projet, donc avec un  effet moindre en 2010. Tous les segments sont concernés par cette baisse. En 2005, la majorité des titres publiés dépendent de l’enseignement et de la formation,  avec un ré équilibrage en cours, notamment dans le secteur de la santé. Le coût de développement est, pour 2/3 des jeux, de moins de 50.000 euros. Aujourd’hui le marché est occupé par environ 85 concepteurs/éditeurs de SG en France, contre 350 sur les jeux vidéo.  Pour Laurent Michaud, la maturité de ce marché sera atteinte lorsque ces deux marchés seront distincts.


S’ensuivit alors une table ronde, avec trois des principaux producteurs. Selon Yves Damback (KTM), le serious game est, pour les entreprises, un moyen de faire des économies en remplaçant partiellement le présentiel. Il s’étonne d’être un peu seul sur le marché de la formation professionnelle, qui représente une niche (11 milliards avec une croissance de 30 à 40 % pour le e-learning).


Frédérique Domic (Ouat) explique quant à elle que sa société vient des jeux vidéos. A l’origine, sa société a commencé par créer des jeux sociaux sur Facebook, suite à la demande d’un inspecteur d’académie de créer un jeu sur l’entreprise « Compagny » pour faire comprendre de manière ludique ce qu’est le monde de l’entreprise. Le paradoxe est que Facebook n’est pas autorisé à l’école, bien que plus de 9 élèves sur 10 soient sur Facebook. Elle estime qu’il y a un potentiel, mais que les Serious Games sont encore trop sérieux ! Elle plaide en faveur d’une « gamification » du serious gaming. Par ailleurs, la dimension sociale va être déterminante dans les années à venir, car c’est un ressort essentiel du réengagement des joueurs.


Enfin, chacun s’accorda à dire que l’interopérabilité sera la clé du succès, car les produits devront être utilisables sur tous les supports, ce qui conduira nécessairement à des partenariats industriels.

 

La seconde table ronde a donné la parole aux clients. Chacun a pu expliquer les raisons qui l’ont poussé à investir dans les serious games et il semble que pour beaucoup, le « ticket gagnant » serait  un jeu qui réponde au besoin d’une offre globale, qui permette des économies, qui  soit efficace et ancré dans le réel, et enfin qui permette la personnalisation des parcours.


 

Dans plusieurs des exemples présentés, l’intérêt de cette nouvelle modalité d’apprentissage est de permettre « l’intellectualisation du geste technique » et surtout l’interaction. Les actions des joueurs entrainent chez les autres une réaction, il n’y a pas de bonnes et de mauvaises solutions, le jeu est ouvert et les apprenants sont acteurs. Selon l’expression de Philippe Vrignault, de la DGCIS, le serious game est un moyen « d’engager une prise de conscience du joueur et de faire discuter les personnes entre elles ».


Autrement dit, il s'agit bien de créer des jeux « en trois dimensions » : le ludique, le social et le cognitif !               

 

Pour en savoir plus : retrouver les conférences sur www.industrie.gouv.fr

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Innovation
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Profil

  • formation innovation technologies compétences FOAD
  • Docteur en sciences de l'éducation, consultant formateur, ancien directeur du pôle Recherche et Ingénieries à l'institut Fepem de l'emploi familial (IFEF), je m'interesse particulièrement à l'innovation dans la pédagogie des adultes
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