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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 06:25

«Gardons notre capacité d’émerveillement face à ce que sont capables de faire les personnes à qui nous destinons nos dispositifs de formation…». C’est ce à quoi nous a exhorté Valérie Bénard, vice-présidente de la Région Réunion, lors des assises régionales de l’illettrisme ce lundi 27 mai 2013. Même sans ce conseil, c’est toujours avec un regard neuf et curieux que j’aborde tout nouveau secteur qu’il m’est offert d’approcher.

 

Expert désigné par l’ANLCI dans le cadre du Forum 2.0 pour accompagner les Cases à Lire de la Réunion, afin de produire un guide de démultiplication, je suis donc allé cette semaine à la rencontre des animatrices et bénéficiaires de ce dispositif. Réparties sur tout le territoire de la Réunion, au plus près des populations visées, les Cases à Lire proposent aux jeunes et adultes en difficulté de lecture-écriture ou en rupture avec les apprentissages classiques, une réponse de proximité visant la réconciliation avec l’écrit et la reprise de confiance en soi, au travers de projets culturels et ludiques.

 

Que la Région ait confié cette responsabilité aux acteurs de l’Education populaire n’a rien d’étonnant ; de prime abord, la filiation avec les idées que pouvait, par exemple, mettre en œuvre Bertrand Schwartz dans les années 70 avec les actions collectives de formation est évidente. Au même titre que nous proposions alors des actions de « coupe couture » et de « mécanique auto » pour inciter les personnes à venir en formation et prendre à cette occasion conscience de leurs besoins, c’est bien la même idée qui prévaut ici : répondre aux premiers besoins exprimés, conscientisés et aborder, presque sans y toucher, les questions de lecture, d’écriture, de calcul, d’informatique. 


Les Cases à Lire sont peut-être comme la femme inconnue dont rêvait Verlaine, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Elles sont singulières dans leur déclinaison, en fonction des publics qui les fréquentent, mais aussi de la culture de structure porteuse et des gouts et compétences particulières de l’animatrice. Ici l’informatique sera mise au centre, là le jeu, là encore la musique ou le slam, et toujours avec une ouverture sur la lecture, sur l’apprentissage, sur les compétences de base.  Sans doute, dans le travail que nous aurons à faire ensemble, faudra-t-il identifier les lignes directrices qui les traversent, les points de convergence, les pistes d’amélioration, autrement dit harmoniser sans pour autant tomber dans la normalisation. Les questions que je me pose aujourd’hui sont nombreuses et il faudra y répondre ne serait-ce que pour garantir la pérennité économique de ce dispositif.

 

Mais ce n’est pas le plus important à ce jour. Ce qui compte avant tout, au-delà de ces disparités, c’est que les Cases à Lire sont des lieux d’espérance et de confiance.  J’ai vu dans le regard de ces hommes et de ces femmes, souvent malmenés par la vie, la fierté du chemin parcouru et la dignité retrouvée. Ecoutons Bernadette nous parler de sa sortie en montagne :

 

« Pendant notre marche

Sur les Sentiers des Anglais

C’était très très dur la montée

Sur les galets

Mais nous la persévéré, nous lé arrivé »

 

Ecoutons Nathalie nous dire comment le Slam lui a permis de trouver le chemin des mots :

 

« Depuis que je fais du Slam, je respire

Mon cœur s’est ouvert comme un livre,

J’étais comme un être sans âme, un feu sans flamme !

Les mots étaient cachés dans un tiroir, dont j’avais perdu les clefs.

Je l’ai retrouvé dans une armoire, elle m’attendait sur le papier

Depuis, je suis comme un aveugle qui se met à voir

Les phrases ne cessent de couler maintenant,

Aucun obstacle, aucun barrage ne pourra les arrêter

Elles se bousculent, je bascule,

Je vous prie de me croire ! J’ai beau les supplier d’arrêter, pour que je puisse me reposer

Mais elles ne veulent pas m’écouter

Mais vous ! Écoutez-moi SVP

Ne fermez pas la case à lire..

Mon cœur serait brisé… et je ne pourrai plus respirer !!! » 

 

Ecoutons Marie Lyne nous dire ce qui le calcul lui dit d’elle-même :

 

« Compter, additionner, soustraire, multiplier, diviser

Nos chiffres n’ont pas de prix

Nos nombres ne sont pas petits

Pas de supérieurs, Ni d’inférieurs

Mais tous égaux à la CASE A COMPTER »

 

Ecoutons les toutes, enfin, sur cette petite vidéo, nous expliquer pourquoi « ou sa va la Caz à lire, pour moi apprend lire, pour moi réussir »

 

 


 

 

On pourra me reprocher d’avoir l’émotion facile et les esprits grincheux diront que tout dispositif qui s’intéresse un tant soit peu aux personnes produira des effets similaires, en fonction de l’effet Pygmalion. Peut-être. Mais dans le paysage mouvementé, numérisé, aseptisé … de la formation des adultes, je retrouve dans ces lieux la vocation très humaniste qui m’a fait prendre cette voie professionnelle il y a maintenant près de trente ans et qui me rassure quant à l’avenir de la formation comme espace de réalisation de soi. Et aussi, plus personnellement, sur ma capacité intacte d’émerveillement…

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Usages
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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 09:37

136L’analogie entre la randonnée et la formation n’est sans doute pas une idée nouvelle. Elle refait régulièrement surface avec l’arrivée des beaux jours, à l’heure où nombre d’enseignants rêvent d’ouvrir grand leurs salles de classe. A l’heure où, se souvenant de leurs idéaux rousseauistes, ils se découvrent, surpris et déçus, à guetter discrètement la pendule en attendant la fin du cours. A l’heure enfin où ils se verraient bien faire un bout de chemin avec cet élève prometteur sans risquer l’opprobre ou le soupçon infâme…

 

En formation d’adulte, c’est pareil : si le grand mérite de l’ingénierie de formation a été de structurer un exercice professionnel qui, dans les premiers temps, laissait trop de place à l’approximation, poussée à l’extrême elle enferme dans un carcan où il ne reste plus d’espace à  l’inattendu, aux chemins de traverse,  à la serendipité …

 

Ouvrons donc nos esprits et inventons ensemble une nouvelle ingénierie de la randonnée.

 

Tout d’abord il faut en avoir l’envie : Le retour du soleil n’est pas étranger au désir de marcher mais quelle randonnée choisir ? Combien de temps ai-je devant moi ? De quoi suis-je capable ? Entre les quelques heures pour découvrir un joli site près de chez soi et les deux mois de la marche de St Jacques, l’étendue est immense, et voici le temps du projet.

 

Puis achetons un guide ; fort bien fait la plupart du temps, celui-ci me propose plusieurs choix, m’indique le point de départ et le point d’arrivée, ainsi que les différentes étapes. C’est une affaire de spécialiste, et je fais toute confiance à l’auteur qui a testé la route avant moi et a identifié les risques et les chausse-trappes. Il m’alerte sur les points de vue à ne pas rater, avec quelques photos peut-être pour me mettre en appétit mais pas trop pour ne pas me gâcher le plaisir de la découverte. Le plan me rassure, d’autant qu’il est relayé sur le terrain par des balises colorées. Cette articulation entre le document de cadrage conçu a priori et l’appui sur le terrain m’est précieuse.

 

Bien sûr, j’aurais pris tout ce dont j’aurais besoin ! Bonnes chaussures, sac à dos, victuailles (pas trop), boussole pour les plus téméraires … voici mon viatique. Mes ressources, en quelque sorte. Peut-être sur la route trouverais-je à me ravitailler : fruits des bois, eau potable, pourquoi pas une auberge de campagne, ajoutant à mes ressources personnelles celles glanées sur les chemins.

 

Je ne voyage jamais seul. Le plus souvent à deux, nous nous épaulons mutuellement, l’un attendant l’autre parfois, à d’autres moments de concert, mais toujours chacun respectant son rythme. Les pauses sont partagées et nous échangeons sur ce que nous avons vu ; parfois les silences sont aussi éloquents. Mais sur la route il y a aussi ceux que vous croisez ou dépassez, qui vous saluent ou échangent quelques mots avec vous. Les sentiers de randonnées sont peut-être les derniers remparts de civilité et de courtoisie ! Et puis il y a ceux qui ont parcouru le sentier avant vous, qui ont laissé des traces. Parfois malheureuses, la civilité n’allant pas toujours jusqu’à emporter ses déchets, mais parfois heureuses. Ce petit raccourci que vous empruntez a été creusé par des centaines de promeneurs avant vous, au point qu’il en vient presque naturellement à prendre la place du chemin officiel. Le chemin se fait en marchant, comme dit le poète !  

 

Au bout du chemin, la fierté d’avoir réussi, de poser pour l’éternité photographique. De retour chez moi, j’aimerais faire part de mes découvertes, je posterais quelques photos ou commentaires sur les réseaux sociaux, suscitant peut-être ainsi l’envie chez d’autres …

 

En définitive, le chemin parcouru aura été le mien ; imprévisible, unique, inédit, non reproductible. C’est avec mes pieds, mes muscles que j’aurai éprouvé la rudesse des montées et la hauteur des pierres. C’est avec mes oreilles que j’aurai été charmé d’un piaillement d’oiseau, du doux chant d’une cascade. C’est avec ma langue que j’aurai saisi la saveur acidulée d’une fraise des bois ou le parfum sucré d’une mangue bien mûre. C’est avec mes yeux que j’aurai compris l’immensité du monde et la plénitude d’un regard amoureux …

 

 

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Humeur
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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 10:17

 

Cette parole de l'évangile (Jean 3-30) est finalement la grande affaire de toute vie. Parents, la montée en autonomie de nos enfants n’est possible qu’au prix de la diminution de notre autorité. Formateurs, une présence trop imposante empêche l’autre d’apprendre par lui-même et parfois même de rompre avec ses certitudes : j’ai le souvenir d’une apprenante qui ne voulait en aucun cas admettre qu’il était possible de soustraire un grand nombre d’un petit « parce que sa mère, institutrice, lui avait enseigné ainsi ». Consultant, coach, vient le moment où l’accompagné doit poursuivre seul son chemin.


Penser par soi-même, fixer ses propres règles, décider ce qui est bon pour soi : voilà ce que devrait être la finalité centrale de toute éducation, de tout accompagnement.


Il semble donc naturel de s’effacer progressivement pour permettre à l’autre de grandir. Cela n’est pas gênant dès l’instant où l’on considère notre posture professionnelle ou personnelle comme étant celle qui permet de faire un bout de chemin avec un alter égo en le soutenant durant le temps où il en a besoin et en se réjouissant qu’il puisse, à un certain moment, se passer de cet étayage. Mais qu’en est-il lorsque la personne accompagnée va inéluctablement vers une perte d’autonomie ? Lorsque son présent est fait de petits renoncements quotidiens ? Lorsque son avenir est celui de la diminution progressive de ses forces physiques et de l’amenuisement de ses capacités réflexives ? Je pense bien sûr aux personnels soignants des maisons de retraites, des soins palliatifs, ou bien encore aux assistants de vie à domicile. La courbe est inversée : l’accompagnement est celui de la perte et non du gain d’autonomie, et ce pouvoir qui nous est donné peut conduire à ne plus respecter la personne, d’ailleurs souvent « pour son bien », dans les choix qu’elle est encore en mesure de faire. C’est alors le début de la maltraitance.


La confrontation au quotidien des personnes en perte d’autonomie nous renvoie aussi une image de notre propre devenir et la projection est difficilement évitable. Que deviendrais-je moi-même lorsque les forces me lâcheront ? De quels maux devrais-je supporter les contraintes ?  Quelles décisions pourrais-je encore prendre pour orienter ma vie et en rester maitre ?


L’empathie est souvent présentée comme une compétence relationnelle majeure dans les métiers de services aux personnes. Se mettre à la place de l’autre pour mieux le comprendre est certes important pour changer son point de vue sur l’environnement et les conditions de la personne aidée. A cet égard, les simulateurs de vieillissement, dispositifs techniques qui permettent d’endosser les maux des personnes âgées, offrent des occasions d’expériences sensorielles enrichissantes et il faudrait, pour être complet, inventer des simulateurs de sentiments !


Mais l’expérience empathique doit être de courte durée : se mettre trop longtemps à la place de l’autre est dangereux pour soi, eu égard au phénomène projectif évoqué plus haut, mais aussi pour l’autre. Il est indispensable au contraire de considérer le plus longtemps possible la personne accompagnée comme un adulte responsable et occupant, ici et maintenant, sa juste place dans son parcours de vie, en accord avec ses choix passés et présents et absorbant au fur et à mesure et à sa manière les évènements et les aléas de cette vie. Son destin est le sien, mon destin est le mien. Quelles qu’en soient les conditions, la vieillesse est croissance. Considérer la personne vieillissante ou en fin de vie non pas avec la vision négative de la perte d’autonomie mais avec une vision d’accomplissement est une manière de contrer l’angoisse que génère naturellement cette situation spécifique d’accompagnement.

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Humeur
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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 08:51

 

A la demande de l’association Formatic, je suis intervenu lors du colloque TIC Santé 2013, ce mercredi 13 février.

 

Le matin, j’ai présenté une communication intitulée « quels modèles de e-formation pour un apprentissage autonome ? ». Cinq ans après ma première intervention, à Nîmes, j’ai tenté de montrer les principales évolutions du secteur, et proposé dix types de e-formation, classés selon le niveau d’autonomie exigée de la part des apprenants.


Ci-dessous le diaporama de mon intervention.

 

 

 

 

Le texte complet de mon intervention est téléchargeable ici.

 

et la vidéo est consultable ici

 

L’après-midi, j’ai présenté une autre intervention intitulée « les réseaux sociaux, passerelle entre formation formelle et informelle ». Sans angélisme démesuré, j’ai expliqué en quoi les réseaux sociaux, et notamment Facebook, pouvait être une modalité de professionnalisation, complémentaire aux offres plus formelles. Puis, j’ai  identifié quelques  points de vigilance pour un usage intelligent et raisonné des réseaux, autant pour l’apprenant que pour l’institution.


Ci-dessous, le diaporama de cette seconde intervention.

 

la vidéo est consultable ici  

 

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Usages
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Lundi 28 janvier 2013 1 28 /01 /Jan /2013 16:17

Pearltrees est un système de curation (i.e. pratique qui consiste à sélectionner, éditorialiser et partager du contenu) qui permet d’organiser et de partager le fruit de vos découvertes sur le web à partir d'une simple application à insérer à votre barre de navigation. Au fil de votre navigation, vous mémorisez les sites qui vous plaisent, en les organisant sous la forme d'un "arbre à perles", sorte de carte mentale en arborescence que vous définissez au fur et à mesure et en fonction de vos centres d'intérets.

 

Mais, plus fort encore, le système vous permet de découvrir les "pearltrees voisins", c'est à dire celles des internautes qui partagent les même centres d'intérêts que vous, et les intégrer à votre propre collection.

Vous pouvez également choisir de "faire équipe" avec les personnes de votre choix pour mener des recherches collectives.

 

Voici "mon pearltrees à moi" forcément en cours d'élaboration. En toute logique, la perle  "découvrir pearltrees" vous envoie sur quelques sites de référence et des vidéos sur cet outil.


 











Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Usages
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  • formation innovation technologies compétences FOAD
  • Consultant indépendant, Docteur en sciences de l'éducation, je travaille depuis plus de vingt ans sur les questions d'innovation et d'usage du numérique dans la pédagogie et la formation des adultes.
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