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Les sept paradoxes de la formation face à la génération Z

« Le plus difficile pour la génération Z, c’est qu’elle doit se débrouiller seule, car le système éducatif ne les prépare pas encore à tous ces changements qui ont déjà eu lieu. Ils ont grandi dans un monde scolaire qui ne correspond pas à l’univers professionnel actuel et futur ». Cette citation du blogueur Patrick Douag (1) illustre bien le défi auquel doivent répondre les institutions éducatives (lycées, CFA, organismes de formation…) qui accueillent aujourd’hui les jeunes de la génération Y et Z pour les préparer à une entrée dans le monde du travail.

Pour mémoire :

  • la génération X regroupe les personnes qui sont nées entre 1960 et 1980. Ces membres n’étaient pas ou peu connectés et restaient relativement stables sur le marché de l’emploi… jusqu’à ce que la crise les rattrape.

  • la génération Y regroupe les personnes nées entre 1980 et 1995. C’est la génération des « digital natives » qui ont grandi au même rythme que le réseau internet et l’accès aux ordinateurs. Cette génération remet en cause les modèles de management, la vie politique, la manière de consommer et elle privilégie l’entreprenariat au salariat.

  • Enfin, la génération Z regroupe les personnes nées après 1995. Elle est aussi appelée génération C (Communication, Collaboration et Création) ; ces membres ont grandi avec la technologie, mais surtout avec le Web Social. C’est une génération connectée en permanence, qui ne comprend pas la « communication verticale » de l’entreprise.

Ces générations ont connu trois évolutions marquantes du web (la dernière restant à venir) comme le montre le schéma ci-dessous :

Les sept paradoxes de la formation face à la génération Z

Notons toutefois que ces catégories sociologiques sont loin d’être homogènes. Une étude de TNS Média Intelligence parue est 2011 (2) révèle par exemple la coexistence de cinq groupes parmi les jeunes de 11-15 ans : les «débutants » (12 %), les « gamers » (16 %), les « bavards » (21 %), les « no life » (22 %) et les « ado techno sapiens » (29 %), c’est à dire ceux qui peuvent être considérés comme des experts dans différentes tâches liées à Internet et aux TIC en général. Autrement dit, ce que montre cette étude, c’est que le niveau scolaire, le milieu social, les groupes d’appartenance … peuvent créer de grandes disparités chez les jeunes d’une même génération. Les Y ou les Z des CFA n’ont sans doute pas les mêmes habitus que les Y et les Z de Polytechnique, même si (qui en douterait), ce sont plutôt ces derniers qui s’expriment dans les médias (4)

Selon un article récent de la revue Inflenca (4) les jeunes de la génération Z présenteraient, face au monde de l’entreprise, des caractéristiques très marquées :

  • Ils sont hyper-connectés, même s’ils sont plus à l’aise avec  les interactions médiatisées qu’avec  les interactions en direct

  • Ils partagent naturellement l’information et veulent produire ensemble

  • Ils sont lucides, bien informés, mais parfois cyniques

  • Ils croient encore à la valeur travail mais plus qu’à la réussite professionnelle : ils veulent travailler par passion, pour s’épanouir personnellement

  • Ils recherchent un équilibre entre vie professionnelle et vie privée

  • Ils seront mobiles  (38% d’entre eux en France se voient bien changer 5 fois de poste durant leur carrière) et polyvalents (multi-activités)

  • Ils ne croient plus aux diplômes et souhaitent court-circuiter l’école

  • Ils privilégient le statut d’indépendant sur le salariat, mais peuvent être fidèles à une entreprise dans laquelle ils ont confiance et où s’instaure un rapport « donnant-donnant »

  • Enfin, ils attendent de leurs supérieurs un accompagnement et un sens, et non plus d’avoir affaire à des donneurs d'ordres

En résumé, l’entreprise de demain devra être « flexible, hyper-connectée, horizontale, fun et porteur de sens » et l’intégration de ces jeunes dans le monde du travail ne pourra se faire qu’à condition de réinventer de nouveaux modes de management. Le blogueur Loïc Léofold propose le terme de management harmocratique (néologisme dérivé du terme harmonie), c’est-à-dire un modèle ou « chaque employé est une entité autonome avec ses propres pensées, ses propres couleurs, son propre comportement, jouant un rôle unique s’accordant à chaque autre rôle pour composer un tout (l’organisation) aux multiples facettes, lui-même accordé avec son propre environnement. Comme dans un orchestre, chaque instrument joue une partie différente selon sa tonalité, son niveau de maîtrise, et l’ensemble est harmonieux. Ainsi, l’harmocratie prône la culture des différences » (5)

On pressent bien qu’une préparation à ces « nouveaux codes du travail » devrait se faire dans un environnement peu ou prou isomorphe. Or, les institutions scolaires ou de formation, dans leurs grande majorité, sont loin d’être « flexible, hyper-connectée, horizontale, fun et porteur de sens ! ». Pour relever ce défi que représente la formation de ces jeunes et la préparation à l’entrée dans le monde du travail, il me semble que les agents éducatifs dans leur ensemble se trouvent confrontés à sept paradoxes :

  1. Préparer des jeunes à des organisations du travail qui n’existent pas encore partout et dont on ne connait pas encore les lignes puisque ce sont ces mêmes jeunes qui vont les inventer demain
  2. Préparer des jeunes à une gestion souple des lieux et des temps sociaux (formation, travail, vie privée…) dans une organisation par nature contrainte et rigide
  3. Fixer et faire respecter des règles et des règlements tout en développant l’autonomie et l’esprit d’autoentreprise auxquelles sont condamné les nouvelles générations pour survivre dans le monde du travail
  4. Accompagner les jeunes des générations Y et Z à se projeter dans un métier alors qu’ils en changeront un grand nombre de fois au cours de leurs vies et que l’entreprise ne les fait plus rêver
  5. Donner du sens à l’apprentissage et à l’effort pour apprendre dans un monde où tout le savoir est à portée de main et semble accessible d’un seul clic
  6. Inciter les jeunes à apprendre sur des temps longs, dans une société numérique où priment les temps courts (zapping)
  7. Et enfin confier à des formateurs de la génération X le soin de former des jeunes de la génération Y et Z, sans travailler à une reconnaissance des codes sociaux des uns et des autres

Face à ces paradoxes, de nouvelles postures professionnelles de l’accompagnement éducatif sont nécessaires, afin de prendre en compte les aspirations des générations Y et Z, tout en préservant les cadres et les valeurs pédagogiques de l’institution éducative. Il faut assouplir les cadres de fonctionnement tout en  veillant au maintien des règles de vie en établissement. Il faut surtout proposer et animer de nouveaux projets numériques et éducatifs pour donner des repères aux jeunes accueillis tout en reconnaissant leurs aspirations, leurs besoins d’être rassurés, leurs modes de fonctionnement et leurs compétences digitales natives.

Autrement dit trouver le juste équilibre entre médiation intergénérationnelle, médiation interculturelle et médiation numérique.

 

 


 

Les sept paradoxes de la formation face à la génération Z
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