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Interview donnée en mai 2016 pour Libres savoirs, le portail de la formation de la Région Centre.

Avec les digitales natives, le formateur devient un accompagnateur

Comment enseigner aux générations digitales ? Cette interrogation était au cœur de la conférence animée par Frédéric Haeuw le 31 mai dernier. Docteur en Sciences de l’éducation spécialiste des questions du numérique dans « l’acte pédagogique », il était l’invité à l’Assemblée Générale de la Mission Locale de l’Orléanais ».

Libres savoirs : Quels sont les principales différences entre les générations* qui ont grandi avec Internet et les précédentes ?

Frédéric Haeuw : La première c’est ce que j’évoque derrière le mot de « porosité » des espaces temps. Pendant très longtemps notre société était organisée en temps sociaux distincts : il y avait le temps de la formation, le temps du travail, le temps des loisirs, le temps de la famille… Aujourd’hui, on fait tout en même temps : on travaille, on se forme, on s’amuse, on est en lien avec sa famille et ses amis... Par exemple, un jeune peut – sans problème – consulter ses mails professionnels le soir, par contre il ne comprendrait pas qu’on lui interdise de réserver une séance de cinéma ou un voyage sur son temps de travail. La seconde caractéristique, c’est la connexion en permanence grâce aux smartphones. On est connecté avec ses proches, son réseau et mais aussi sur des sources de savoirs potentiels qui sont d’une richesse infinie. Rejeter le numérique revient à rejeter les connaissances mondiales, ça serait suicidaire pour un organisme de formation.

« Le formateur de demain sera un architecte pédagogique »

Libres savoirs : Qu’est-ce que cela change pour les formateurs dans leur manière d’enseigner ?

Frédéric Haeuw : Je crois que nous ne sommes plus dans l’enseignement. Enseigner suppose de distribuer un savoir qui existe indépendamment de la personne. Or, les sources de savoir sont désormais à la portée de tous, il faut dès lors considérer que l’apprenant bénéficie d’une « présomption de compétence» comme le dit Michel Serres. Avec les « digitales natives », il faut donc aller vers un modèle de « côte à côte pédagogique ». Le formateur devient un accompagnateur avec comme objectif principal de donner du sens à l’acte d’apprendre. Le formateur de demain sera un architecte pédagogique : il créera des environnements d’apprentissage, proposera des situations mobilisatrices, facilitera l’accès aux sources de savoirs et aidera à la construction des projets professionnels.

Libres savoirs : Quelles sont les modalités pédagogiques idéales pour les « digitales natives » ?

Frédéric Haeuw : Du point de vue de l’organisation, l’idéal serait de raccourcir les temps d’apprentissage : réaliser des « grains de formation » de 5 à 10 min qui prendront sens dans la construction - plus longue - d'une compétence. Une autre solution est, à l’inverse, de proposer plusieurs activités dans de larges plages horaires où le jeune pourra se déplacer à sa guise. On pourrait aussi abandonner la "salle de classe" au profit d’environnements semblables aux Fab labs, des Learning labs. Dans ces lieux, les dispositions en rangée ou en U sont bannies pour laisser la place à des espaces modulaires. Ici, on travaille à trois ou quatre, là on projette un croquis sur le tableau blanc interactif… Enfin, pour les contenus, l’idéal est de créer de l'interactivité : réaliser des QCM en ligne ou encore s’appuyer sur les réseaux sociaux.

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