Quantcast
Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /Jan /2010 08:15

Comment réussir à parler de ses vacances sur un blog consacré aux technologies et à la formation ?

Bon, d’abord je ne suis pas complètement en vacances, puisque je suis venu à l’Ile de la Réunion pour le travail,  en anticipant de quelques jours afin de passer au soleil les fêtes de fin d’année. Et le réveillon improvisé d’hier soir, que nous avons organisé avec les autres locataires du gite où nous sommes descendus, m’inspire une réflexion liée à la collaboration/coopération.

Il est une tradition à la Réunion de fêter le nouvel an par des lancers de pétards et de feux d’artifice. Mais au lieu que ce soit les municipalités qui organisent, comme en Métropole, un lancer souvent fort convenu où l’on vient en consommateur de spectacle, c’est ici chaque famille qui, à l’heure dite (en l’occurrence Minuit, c’est facile à retenir), crée le spectacle, en y allant de son feu d’artifice privatif et donc collectif ! La somme de toutes ces initiatives individuelles, où chacun, en fonction de ses moyens, rivalise d’imagination, produit un embrassement de la montagne du plus bel effet, montrant, s’il en était encore besoin, que le tout est toujours supérieur à la somme des parties !

C’est l’illustration parfaite de la collaboration où chaque participant ne pourrait produire seul le résultat escompté. Contrairement à la coopération où les acteurs réalisent une tâche bien précise dans une structuration du travail chronologique et procédurale, autrement dit, en restant dans leurs corps de métier, la collaboration, même spontanée et improvisée, permet à chaque individualité de contribuer à la réussite collective, en recherchant l’Harmonie, sans renoncer pour autant à sa singularité. Chaque feu d’artifice est beau pour lui-même et beau de ce qu’il apporte à l’ensemble.

S’il est bien un vœu que l’on peut formuler à l’entrée de cette nouvelle année, c’est bien que cette recherche d’Harmonie nous guide et accompagne nos efforts et nos projets individuels et donc collectifs. C’est, pour ma part, l’une des images que je garderais de ce voyage et auquel je repenserais sans doute en 2010, dans les moments où, comme c’est prévisible, le doute viendra à me gagner …

 

Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 17:43

Le CERIMES organisait ce vendredi 19 décembre une table ronde sur le financement de la FOAD.

Rien de bien nouveau sous le soleil (enfin, le soleil, façon de parler !) mais une prise de conscience avérée de la nécessité de revisiter les cadres habituels du financement de la formation pour prendre en compte la singularité de cette modalité de formation.

Je vous propose une petite liste, non exhaustive, des éléments à intégrer, de mon point de vue, par un financeur avisé :

 

1-     les investissements technologiques, importants pour tous les acteurs concernés, y compris parfois l’apprenant lui-même ;

2-     l’augmentation significative des temps d’ingénierie et des temps de production de ressources, bien plus lourds que pour le présentiel. A cet égard, l’expérience montre qu’il est plus efficace de distinguer les deux modèles économiques, celui de la production et celui de la distribution ;

3-     la question des droits d’auteur, qui interroge aussi le statut du formateur, voire sa rémunération. Ceci n’est pas sans lien avec les discussions actuelles sur l’évolution de la convention collective des organismes de formation ;

4-     la prise en compte et la traçabilité des temps de tutorat à distance et l’impact sur les modèles économiques : avec quelles organisations peut-on faire du tutorat individuel à distance de qualité ? à partir de combien d’apprenants et avec quelle dose d’autoformation atteint-on le seuil d’équilibre ? en résumé, comment « industrialiser l’individualisation des apprentissages à distance » ;

5-     la prise en charge des temps d’accueil administratif, plus importants : élaboration du Protocole Individuel de Formation (PIF), vérification des pré-requis technologiques et des équipements, par exemple ;

6-      la prise en compte du distinguo entre temps d’apprentissage et temps d’enseignement. Contrairement au présentiel, où n’est comptabilisé pour l’apprenant que le temps d’enseignement (le face à face), ici, tous les  temps d’apprentissage peuvent-être tracés et donc comptabilisés ; se pose alors la question de ce qui est imputable …

En définitif, je dirais, par expérience, que le déploiement de la FOAD est un processus long, avec un retour sur investissement à long terme, et qu’il faut sans cesse se remettre en question sans perdre la ligne directrice.

Pour boucler sur cette table-ronde (dont la  vidéo intégrale est consultable ici) on peut noter que l’on reste encore dans un modèle relativement fermé, dans lequel n’est pas encore prise en compte la diversité des modalités d’apprentissage induite par les évolutions technologiques et le web 2.0. Par exemple, les apprentissages informels, la construction de son e-porfolio, les échanges de pratiques, pourquoi pas les jeux sérieux…. ne sont pas encore considérés comme des temps de formation, alors même que la stratégie de Lisbonne nous invite à faire « feu de tous bois » sur les apprentissages formels, informels et non formels. La dernière circulaire réglementant cette question datant du juillet 2001, et la nouvelle loi sur la formation étant particulièrement peu diserte sur le sujet, peut-être faudrait-il se remettre sérieusement à la tâche.

 

 

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Economie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 15:47

A l’instar des grandes marées, le projet de « mettre l’apprenant au cœur du dispositif » revient de manière régulière dans les discours des acteurs de la formation, tout particulièrement lorsque celle-ci, comme c’est aujourd’hui le cas avec la loi sur l’orientation et la formation tout au long de la vie, est réinterrogée sur ses fondamentaux.

 

La pédagogie est-elle à ce point une affaire de cœur qu’il faille sans cesse se focaliser sur l’un des éléments de la relation pédagogique, au détriment des autres,  qui ne peuvent que se sentir rejetés à la périphérie ?

 

S’il est légitime de considérer l’apprenant comme le bénéficiaire principal de la formation, on peut soupçonner parfois cette volonté de centration de conduire à un encerclement, un enfermement. Faites-en l’expérience : c’est tout de même difficile de bouger lorsque l’on est entouré de toutes parts !  Assiégé, acculé à ses dernières extrémités par un milieu éducatif certes plein d’attentions mais tout de même un peu envahissant, comment l’apprenant peut-il prendre son autonomie, s’échapper de la dépendance forcée du formateur, pour errer à sa guise sur les chemins du savoir ? Il faudrait le laisser respirer, quitte à ce qu’il se trompe, butine ça et là, commette quelques erreurs, fasse des retours en arrière, alternant les pas de géant et les sauts de puce, car c’est lui, en définitive, qui sait mieux que nous déterminer le rythme qui lui convient.

 

L’erreur est en fait d’oublier que la formation n’est pas affaire de polarisation mais affaire de relation. Avec son modèle de compréhension pédagogique, Jean Houssaye[1] nous fait franchir une étape importante : ce ne sont pas les sommets qui comptent le plus, mais les relations entre eux. Il définit tout acte pédagogique comme l’espace entre trois sommets d’un triangle - le formateur, l’apprenant, le savoir - et développe l’idée que la focalisation sur l’un ou l’autre de ses côtés détermine un modèle pédagogique dominant (ENSEIGNER pour l’axe formateur-savoir, FORMER pour l’axe formateur-apprenant et APPRENDRE pour l’axe apprenant-savoir). Trop excessifs, ces modèles excluent toujours un tiers qui, selon son caractère, fait « le fou ou le mort » : ainsi, la relation ENSEIGNER peut conduire au désintérêt des élèves, au chahut, à la violence scolaire ; une relation FORMER trop importante peut conduire à la vacance du savoir, et ainsi de suite. Tout est donc question d’équilibre : la formation idéale serait le barycentre, qui comme chacun sait, est le point d’équilibre parfait entre les trois sommets du triangle lorsque ceux-ci sont affectés de masses différentes. Pour filer la métaphore, ce serait donc en fonction du « poids » de chaque élément de la relation  que l’on pourrait construire une modalité de formation équilibrée : le poids des savoirs en jeu (quantité et nature des objectifs assignés à la formation, modalités de validation institutionnelles …), le poids affecté à l’apprenant (capacité à apprendre seul, motivation, mode de relation aux apprentissages, projection dans l’avenir, contraintes … ) et le poids affecté au formateur (capacité plus ou moins grande d’être facilitateur, rapport personnel au savoir, niveau d’expertise…). Cela suppose d’une part d’apprendre à connaître l’apprenant et d’autre part de pouvoir personnaliser la réponse : affecter par exemple un formateur-guidant proche du style d’apprentissage de l’apprenant pour être en meilleure harmonie.

 

Un nouvel élément rentre aujourd'hui en jeu dans cette relation : la technologie, qui permet de complexifier la relation en apportant une quatrième  dimension, qui donne du volume à l’ensemble. Sans aller jusqu’à affirmer, comme le font certains, que le dispositif technologique agirait comme un « objet transitionnel »[2], on peut cependant constater que dans bien des cas il permet à l’apprenant de s’affranchir progressivement de la tutelle du formateur et devenir l'acteur majeur de son propre processus d'apprentissage.



[1] Houssaye J., le triangle pédagogique, Paris, Peter Lang, 1988
[2] voir notament les travaux de Didier Paquelin

Par Frédéric Haeuw - Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /Déc /2009 10:12

C’est un bonheur de voir une région s’emparer d’un tel sujet, et donner à l’ensemble de ses habitants, tout âge confondu, la possibilité d’accéder à un outil de capitalisation et de valorisation de leurs compétences. Ce n’est pas très étonnant de la part d’une région qui a toujours été novatrice dans le traitement des crises industrielles qui l’ont traversées.  Je pense ici à la filiation du e-porfolio avec les "actions collectives de formation" de Bertrand Schwartz, dont le nom a été évoqué, mais également aux nombreuses initiatives liées à l’usage des technologies, auxquelles la pugnacité d’Inffolor n’est sans doute pas étrangère. Le président de Région a d’ailleurs rappelé le souci constant d’éviter que « le travail en miette ne conduise à un travailleur en miette ».

J’ai particulièrement apprécié la présentation de Josette Layec, de l’institut MCVA, qui a retracé la genèse des e-porfolio, d’un colloque sur les histoires de vie à l’abbaye de Fontevraud en 1898 à la loi de modernisation de 2002 et la relance du sujet par les partenaires sociaux, en passant par le Quebec et les expérimentations en Poitou-Charentes dans les années 90. Elle a synthétisé les finalités en trois axes : capitaliste au sens de capitalisation, afin de faciliter les transactions avec les environnements professionnels, par le traçage de son patrimoine professionnel ; formative, afin de faciliter l’appropriation des processus éducatifs et la transférabilité entre les domaines professionnels ; et enfin existentielle, pour permettre la réappropriation de son expérience et l’accompagnement des transitions personnelles et professionnelles.

 A cet égard, il me semble que le e-porfolio, du point de vue existentiel, est aussi une manière de se revendiquer d’une identité culturelle, professionnelle, sociale, et pas seulement en cas de transition pour solder une étape de sa vie et en aborder une autre.

C’est pourquoi je reste un peu sur ma faim sur le sujet de l’interopérabilité et de la portabilité du e-porfolio, qui a été un peu évoquée dans l’un des ateliers, mais passée sous silence lors de la synthèse, qui, au passage, ressemblait davantage à une hagiographie qu’à une mise en débat.

La question est en effet, de mon point de vue, de savoir comment la personne va pouvoir exporter ou importer des éléments de son e-porfolio dans d’autres univers, professionnels ou régionaux, et faire d’un outil qui est fortement coloré par la Région qui l’a produit (y compris dans son nom, lorfolio), le support de son identité numérique, tout au long de sa vie, qui va sans doute le conduire dans d’autres contrées, dans d’autres environnements. C’est une question technique, et le travail de l’ISO sur la normalisation des e-porfolio à l’échelle mondiale a été évoquée, mais aussi et surtout philosophique. La réussite d’une telle ambition suppose que les instances originelles s’effacent pour laisser à la personne le droit de mettre en avant telle ou telle influence, telle ou telle étape constitutive de son identité, qu’elle soit liée à l’endroit d’où elle vient, ou à ses expériences professionnelles, culturelles, sociales, familiales.

Pour que le e-porfolio soit l’outil de production « de sa propre forme », au sens où l’entend Gaston Pineau, il faut que l’autonomie soit comprise dans toute sa plénitude, y compris en intégrant le droit à l’oubli. Faute de quoi, il restera comme un outil de plus de gestion des trajectoires à destination des institutions dédiées au traitement de la précarité, et non comme un outil facilitant "l’émergence du sujet social apprenant", chère à Joffre Dumazedier.

Publié dans : Innovation
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 13:02

Dans le cadre du salon des services à la personne organisé du 19 au 21 novembre par l’ANSP, j’ai assisté à la conférence intitulée « comment utiliser les nouvelles technologies dans les Services à la personne », animée par la Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS).

Après l’annonce pleine d’enthousiasme sur le futur grand emprunt, et la place accordée au développement des  TIC, à la fois sur la diffusion du haut débit et le développement de la recherche pour l’usage et les contenus, l’animateur a dégagé plusieurs champs d’utilisation des technologies dans les services à la personne : pour faciliter le maintien à domicile, pour gérer les personnels intervenants chez les particuliers, pour professionnaliser les acteurs du secteur.

Sur le premier volet, on peut être à la fois inquiet, face à une déshumanisation possible des services à la personne liée aux innovations technologiques tels que les « robots domestiques », et rassuré tout à la fois, sur la capacité des innovateurs à mobiliser les technologies pour maintenir le lien social. Les interfaces simplifiées pour accéder à l’Internet, l’utilisation des webcams ou l’installation de cadres numériques pour garder le contact avec les enfants ou petits enfants, voire l’invention des « e-concierges », disponibles 24h sur 24h pour un appel, un échange, une présence rassurante, sont porteuses d’avenir. Pour reprendre l’expression de Marcel Spector, de l’université de paris V, « la technologie ne va pas contre le lien social, au contraire ! »  Encore faut-il, bien sûr, que l’installation de telles technologies ne dédouane pas à bon compte les proches d’une absence prolongée de réels liens sociaux et d’une présence physique indispensable.

Sur la question de la gestion simplifiée des personnels intervenants à domicile, on peut comprendre tout l’intérêt qu’y trouvent les encadrants, notamment des entreprises, afin de pouvoir suivre au plus prés le travail de leurs salariés. Mais là encore, le mieux peut croiser le pire. Par exemple, le logiciel présenté par Caroline Noublanche, de la société Prylos, qui permet à l’intervenant de visualiser sur son téléphone portable, son planning et ses ordres de missions, de gérer ses clients, de prévenir de son retard … mais aussi de récupérer les informations sur le temps passé avec le client grâce à un boitier installé à son domicile, est sans doute un progrès, en terme de qualité de service pour le client. Mais ce peut être aussi, s’il est poussé à son paroxysme, un retour à une vision productiviste du service, sorte de Big Brother aux intentions de contrôle permanent. Dans ce domaine comme dans d’autres, la technologie ne préjuge pas des usages qui en seront fait.

Enfin, l’impact des technologies sur la professionnalisation des intervenants a été peu évoqué par les intervenants de la table ronde.  C’est sans  doute la raison pour laquelle Frédéric Sans, Directeur de la mission des services à la personne de la DGCIS, m'a proposé d’intervenir pour présenter le projet VESTA, porté par l'Institut Fepem de l'Emploi Familial (IFEF) qui vient d’être retenu dans le cadre de l’appel à projet Serious Game de Nathalie Kosciusko-Morizet. Avec ce Social Game, dont la production va être lancée dans les jours à venir,  l’institut et la Branche des salariés du particulier employeur se dotera d’un nouvel outil de  professionnalisation venant compléter les dispositifs de formation ouverte et à distance existants. Basé sur la technologie mobile, dont nombre d’intervenants ont  montré l’inéluctabilité de son déploiement dans les années à venir et construit sur une logique de réseau social et d’univers de référence, cet outil répond ainsi à une approche de la professionnalisation visant la proximité, l’ergonomie, la collaboration entre salariés, et enfin la pérennité de la dynamique de formation, tout au long de la vie, en tout lieu et à tout moment.

Frédéric Haeuw

Publié dans : Innovation
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Profil

  • formation innovation technologies compétences FOAD
  • Consultant indépendant, Docteur en sciences de l'éducation, je travaille depuis plus de vingt ans sur les questions d'innovation et d'usage du numérique dans la pédagogie et la formation des adultes.
  • Le blog de Frédéric Haeuw

Mon offre de service

Cliquer ici pour télécharger mon offre de service et quelques références professionnelles.

Cliquer ici pour télécharger ma bibliographie.

Licence

Tous les textes de ce blog sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 3.0 non transposé.

 

Pour me joindre

Mail : consulting@haeuw.com

Port. : 06 37 00 41 16

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés