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P1020628Alors, ça y est … si l’on en croit le numéro d’Août de la revue Capital, qui, en ce début d’été, nous présente la France de 2020, dans à peine sept ans, l’école sera enfin high-tech !

Pas trop  tôt diront certains, dont je suis, fiers d’avoir contribué, aussi modestement soit-il, à la prise en compte des « nouvelles  technologies » (on dit maintenant le numérique) dans les processus éducatifs. Imaginez un peu : « l’enseignant ne donnera plus de cours magistraux. Les nouveaux outils permettront de repenser la pédagogie pour des élèves rendus plus autonomes » (tiens, on parle encore de « nouveaux » outils). Ou bien encore : « des assistants robots comme le Nao d’Aldebaran Robotics, feront d’excellents répétiteurs, notamment en langue » ; et là encore : « un tableau numérique et interactif permettra de visionner des films en 3D. Il pourra être piloté à distance par le professeur ou par les élèves grâce à un détecteur qui analysera les mouvements ».

Alors voilà. Plus que sept ans à attendre.

Alors pourquoi est-ce que je ne suis que modérément satisfait ? Parce que finalement ce n’est pas l’école dont je rêve. Certes, on peut se réjouir que l’Education Nationale, si les prévisions de Capital sont exactes, prenne conscience de l’importance du numérique dans nos vies et de l’atout qu’il peut présenter pour faciliter les apprentissages. On peut se délecter à l’idée de la suppression des chaises et tables alignées au profit des « sièges à roulette facilitant la reconfiguration fréquente de la classe » qui permettront de rompre le rythme à chaque moment de la journée, ainsi que du remplacement du tableau noir par un tableau interactif, à condition, bien sûr, qu’il serve à autre chose qu’à projeter de rébarbatifs diaporamas.  Mais il y a dans cet article, et dans l’illustration qui l’accompagne, une vision futuriste d’une école sans âme, robotisée, aseptisée, qui ne correspond pas à ma vision de la classe, remuante, vivante, ancrée sur la vraie vie et sur la découverte des choses, de l’homme et de la nature. Il n’y a pas de fleurs dans cette classe, pas de dessins d’enfants sur les murs, sans doute pas d’odeur de colle (ça c’est mon côté proustien). Pas de conflit non plus, sans doute parce que, à côté du High-tech, l’autre évolution évoquée dans l’article est le retour de l’autorité, visiblement souhaité par les parents. Voilà donc le paradoxe, d’ailleurs relevé  par le journaliste à la fin de son papier, d’une école « hypermoderne dans ses technologies et traditionnelle dans ses approches ».

De mon point de vue, chaque technologie comporte un risque de régression pédagogique, le tableau blanc interactif en est un exemple : j’ai évoqué dans un autre article cette « innovation » qui consiste à faire venir les élèves au TBI chacun leur tour ! L’introduction des technologies doit s’accompagner d’une réflexion sur la pédagogie, ce que semble avoir bien compris Vincent Peillon, mais je ne pense pas qu’il faille pour autant « renverser les tables », comme le soutient dans l’article de Capital Bastien Guerry, spécialiste de l’éducation numérique à Compas. Il me semblerait plus efficace au contraire de partir des pratiques innovantes des enseignants et de déterminer la technologie la mieux adaptée pour renforcer, amplifier cette pratique. Qu’aurait inventé Célestin Freinet si Internet avait existé de son temps ? Quelles formes auraient pris les classes Montessori si les tablettes numériques avaient vu le jour cent ans plus tôt ? Plutôt qu’un « retour à la morale » dont on nous rabâche les oreilles à longueur d’année, préférons un retour aux fondamentaux de l’éducation, en intégrant les technologies dans une réflexion plus large : comment, avec le numérique, mettre l’élève dans un environnement fertile en découvertes ? Comment individualiser suffisamment l’accompagnement pour lui proposer les exercices propices à lui faire dépasser sa zone proximale de développement tout en favorisant dans le même temps le conflit socio cognitif ? Comment respecter son rythme d’apprentissage, sa manière d’apprendre sans le scléroser à vie dans un rôle déterminé ? Comment évaluer sans juger mais juste pour mesurer les apprentissages et adapter la progression ?

Et surtout comment donner envie d’apprendre, sans trop de contrainte mais juste avec le plaisir ?

Tag(s) : #Discussion

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