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« Apprendre, c’est naviguer dans un océan d’incertitudes, au travers d’archipels de certitude ». C’est l’un des messages forts que nous adressé hier Edgar Morin, lors de la conférence qui a suivi la mise en place du comité scientifique du comité mondial pour le développement de la formation tout au long de la vie. Et c’est peu de dire que nous avons tous bu avec gourmandise et délectation les paroles de ce sage, qui nous invite inlassablement à la résistance et la révolution pour réformer en profondeur l’éducation.

Partant d’exemples concrets et contemporains et nourrissant son propos d’illustres références, il nous a expliqué simplement les maux dont souffre aujourd’hui l’éducation dans son ensemble. Au premier chef, on ne s’en étonnera guère, la segmentation des disciplines, qui empêche de voir l’humain dans sa complexité, ses liens avec l’environnement, sa part d’animalité, et qui conduit à de graves erreurs de perception et d’illusion, de toute puissance et du rejet des points de vue de l’autre. A ce sujet, il plaide en faveur d’une  contextualisation dans l’appropriation des objets de savoirs, à une fécondation des sciences entre elles dans une dynamique de polydisciplinarité, à un retour aux humanités et à une université transculturelle, délivrant une culture fondamentale et non spécialisée. Le roman, par exemple, nous en dit autant sur la condition humaine que les sciences sociales ou économiques. De manière plus inattendue, il stigmatise également le manque de passion dans l’exercice éducatif, et nous invite, à l’instar de Rousseau ou Platon, à un retour de l’éros dans la relation pédagogique. Il revisita ensuite les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur : enseigner l’ère planétaire, enseigner l’affrontement de l’incertitude, enseigner la condition humaine… De son point de vue, cette réforme de l’enseignement ne peut se faire sans une réforme de la pensée politique, qui non seulement manque de références théoriques et de concepts idéologiques, mais qui est également entièrement assujettie à l’économie et aux profits.

En ce qui concerne la place des technologies dans l’éducation, il a comparé l’Internet à une vaste bibliothèque dans laquelle on peut flâner, butiner, faire d’improbables rencontres. Comme dans une bibliothèque, on peut tomber « par le plus pur hasard », sur l’article, l’ouvrage qui va correspondre à votre attente du moment, qui va s’insérer comme une pièce du puzzle dans votre propre cheminement  intellectuel, autrement dit trouver ce dont on avait besoin sans savoir qu’on en avait besoin ! Mais, nous rappelle-t-il aussi, cela ne suffit pas, car rien ne remplace la relation humaine, entre un apprenant et un aidant, un élève et un pédagogue. Nous avons besoin de nous voir, de nous entendre, d’être ensemble et aucun ouvrage d’Edgar Morin ne remplacera le plaisir d’avoir partagé une heure de sa vie, ici et maintenant, entouré de personnes partageant la même ferveur et le même plaisir.

Cette rencontre nous permis de toucher du doigt notre contingence humaine : nous sommes des êtres de réflexion autant que des êtres d’émotion et de sentiment et la segmentation que nous imposent à la fois notre éducation cartésienne et la société économique, peut nous conduire à la schizophrénie ou la désespérance.  Il nous faut donc entrer en résistance pour rester un être humain à part entière, avec ses faiblesses, ses doutes, ses passions, ses certitudes. Je me suis, en quelque sorte, senti soutenu dans ma position actuelle, car, comme l’a rappelé Edgar Morin dans sa conclusion, la réforme vient toujours de la déviance.



 

Tag(s) : #Humeur

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