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La question des liens entre territoires et formation est d’actualité : une littérature importante commence à émerger sur le sujet, et le colloque de l’institut Jacotot organisé en décembre 2010 a réuni plus de quatre cent personnes. Historiquement, comme le rappelle Jean Luc Ferrand (education permanente N° 184), la formation est marquée par deux mouvements parallèles ; celui de la formation initiale et universitaire organisée par l’Etat et déployée sans tenir compte du territoire, dans une logique de savoirs académiques universels, et celui des dispositifs de formation pour adultes, qui émanent d’acteurs locaux, en réponse à des besoins économiques et sociaux d’un territoire donné ; on peut ici évoquer la création des ateliers de pédagogie personnalisée en 1983 suite aux émeutes des Minguettes, ou bien encore les actions collectives de Bertrand Schwartz dans les années 70 en Lorraine et dans le Nord Pas de Calais pour faire face à l’effondrement des houillères, de la sidérurgie et plus tard du textile.

La problématique de la notion de territoire est celle de son infinitude, un peu comme les poupées gigognes, c'est-à-dire que l’Europe, la France, la Région, le bassin de vie, le quartier, et même le domicile, dans le cas des employés familiaux ou des artisans, peuvent être considérés comme des territoires et être les terrains idéaux pour définir une politique de professionnalisation ! La notion est également bousculée par un autre phénomène plus récent, celui de la révolution Internet, qui abolit les distances et nous permet d’être partout dans le monde en relation avec tout le monde. Le territoire Internet pourrait être alors celui qui « coiffe les autres » en permettant à chacun d’accéder à un statut de citoyen du monde ! Pour ce qui me concerne, j’aime beaucoup le concept de glocalisation, c'est-à-dire le fait de considérer comme nous sommes à la fois dans une économie globale ET locale, ce qui évite, selon Roland Robertson , de se replier « dans un concept identitaire, le «chez soi» confortable et sûr, contre le chaos de la modernité jugée à la fois dispersive et homologante».

En tous les cas, le territoire est un lieu où l’on habite, que l’on explore chaque jour, en mobilisant tous ses sens ; sans paraphraser Edgar Morin, il faut bien distinguer la carte, représentation théorique et conceptuelle, du territoire, qui est la confrontation physique avec la réalité, avec son lot d’aléas, d’imprévus, de découvertes aussi. « Le chemin se construit en marchant » pour reprendre l'expression d'Antonio Machado, et n’est jamais prévisible. Sur la carte, il n’y a jamais de moustiques ! Parler de territoire numérique n’a donc de sens que si l’on considère avant tout la manière dont les technologies et les outils du numérique vont être mis au service des développements locaux, que ce soit les projets d’habitat, d’urbanisme, de culture, de transport… et bien sûr de formation.

Le véritable enjeu de la formation est de savoir « territorialiser » les politiques de formation, au niveau micro. Par territorialisation, il faut à la fois entendre, comme le propose Jean Luc Ferrand , «l’application d’une politique non locale sur un territoire local en tenant compte au mieux des caractéristiques, possibilités, jeux d’acteurs de ce territoire, quelles que soient sa taille et sa configuration : espace régional, départemental, bassin de vie, quartier », mais également, me semble-t-il, la nécessité vitale de considérer que le local, y compris le salarié et son employeur, est aussi force de proposition et inventeur de savoirs nouveaux. Cela nécessite d’inventer de nouvelles ingénieries territoriales, c'est-à-dire une structuration des moyens permettant de mettre autour de la table des acteurs divers au service d’une même cause, mais aussi de savoir recueillir la matière issue du terrain et la restituer avec la plus grande modestie.

« Comment peut-on vendre ou acheter le ciel ; la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraicheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Nous faisons partie de cette terre et elle fait partie de nous. Les fleurs qui sentent si bons sont nos sœurs, les cerfs, les chevaux, les grands aigles sont nos frères ; les crêtes rocailleuses, l’humidité des Prairies, la chaleur du corps des poneys et l’homme appartiennent à cette famille. Ainsi, quand le grand chef blanc de Washington me fait dire qu’il veut acheter notre terre, il nous demande beaucoup » Extrait de la déclaration du Chef Indien Seattle en 1854 au Grand Chef de Washington
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