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Jeudi dernier, j’ai eu le plaisir, de diner chez Jacques et Evelyne Naymark. Outre le bonheur de se retrouver après deux ou trois ans d’absence, ce repas partagé nous a donné l’occasion d’échanger nos points de vue respectifs sur l’évolution de la FOAD, nous qui, depuis plus de trente ans pour Jacques et un peu moins de quinze pour moi, œuvrons à différents niveaux pour son extension.

J’ai rencontré Jacques pour la première fois à Rennes en 1999, alors que je remplaçais au pied levé Daniel Poisson pour une conférence dans le cadre des rencontres du multimédia. Mon intervention s’intitulait « Les défis sociaux de l’autoformation, autonomie et risque d’exclusion ». Lui venait de publier chez Retz son « guide du multimédia en formation », travail majeur qui n’a, à ma connaissance, pas eu d’égal à ce jour. A partir de cette année, nous avons partagé régulièrement différentes aventures : les rencontres du FFFOD, l’écriture du référentiel de bonnes pratiques de la FOAD (RBP Z 76001, AFNOR), son instrumentation dans un outil de positionnement interactif,  la recherche action nationale « ressource et réseau (3R) » …

J’ose croire que cette histoire donne une portée à notre regard sur l’évolution de la formation ouverte et à distance, et plus généralement de la formation des adultes. Ce qui est frappant est, qu’aujourd’hui comme hier, la formation ouverte et à distance reste un objet de tension et de positionnement individuel  polémique : certains, par exemple, criant haut et fort que « le e-learning ne fonctionne pas », titre de la conférence du 25 mai 2010 au Club stratégie de Michel de Koubé, directeur de Nissan formation, d’autres experts affirmant sans plus de retenue dans leurs propos que « 30 % de la formation se déroulent en e-learning dans toutes les grandes entreprises américaines ». Les uns rejetant les autres dans leur ignorance …

Dans les faits, force est de constater que la FOAD n’a pas répondu à toutes les attentes, notamment ceux des mirobolantes promesses économiques d’il y a quelques années. Si l’on s’attendait à une révolution et une suprématie, on peut effectivement considérer les tentatives de ces vingt dernières années comme un échec.  A l’inverse, on peut toutefois estimer qu’en s’appuyant sur l’évolution constante et rapide des potentialités des  technologies et sur la déferlante des usages sociaux du web, la formation a réussi sa mutation grâce aux technologies et que tout aujourd’hui est FOAD ! La plupart des appels d’offre publics promeuvent son utilisation, l’individualisation poursuit son chemin grâce aux technologies, la majorité des apprenants et des étudiants utilisent leurs ordinateurs pour rechercher, produire, apprendre, communiquer … donc le pari est réussi. L’évolution culturelle s’est faite, en douceur, en n’opposant pas un modèle contre un autre, mais en irriguant progressivement tout l’appareil de formation, dans des configurations différentes adaptées aux besoins des apprenants et aux contingences organisationnelles des centres de formation[1] . La formation ouverte et à distance peut disparaitre en tant que concept, elle a transformé durablement les pratiques pédagogiques, ce qui était, somme toute, sa vocation initiale. Autrement dit elle a fait son temps !

Ce regard mesuré n’est possible que si on prend la peine  de considérer, dans la durée, l’histoire et la vie d’un concept et de lutter contre « la tyrannie de la vitesse absolue », chère à Gérard Blanc. Régulièrement, selon des cycles assez courts de deux ou trois ans, sous l’effet des crises et changements politiques qui traversent  la société française, les acteurs de la formation des adultes sont amenés à re-questionner leurs organisations. On bascule alors souvent d’une centration sur la pédagogie à une centration sur l’économie, comme si ces deux approches étaient amenées à s’opposer sans cesse. Une revisite de notre histoire commune de la formation, malheureusement souvent absente des cursus universitaire de formateurs d’adulte, est alors nécessaire. On y verrait que cette dichotomie n’est qu’illusion. Depuis fort longtemps, sans doute depuis les premiers travaux de Pierre Caspar, l’ingénierie de formation a réussi cette dialectisation entre le pédagogique et l’économique. En introduisant des techniques et des méthodes avérées, elle produit des dispositifs rationnels, efficaces et efficients dans lequel l’acte formatif n’est qu’un élément et l’ingénierie pédagogique un sous processus. Le référentiel de bonnes pratiques de la FOAD édité par l’AFNOR en 2004 en est d’ailleurs un exemple criant.

A propos de cette dichotomie et de cette nécessaire revisite de l’histoire, je vous invite, en toute modestie, à relire mon article intitulé « Individualisation et nouvelles modalités de formation : quelles articulations, quel avenir ? » paru dans la revue Actualité de la Formation Permanente n° 196 en juin 2005, dans lequel j’écrivais ceci : « Les pédagogues humanistes voient dans l’individualisation une démarche visant à la fois à renforcer l’efficacité de l’enseignement, à permettre une ré-appropriation par les formés de leur formation, à développer leur autonomie dans les apprentissages et à rendre les apprenants acteurs de leur vie (…) D’un autre côté, et de manière beaucoup plus récente, l’individualisation est prônée par les tenants de la rationalisation de la formation, qui voient dans l’individualisation une manière de réduire les coûts de la formation en prescrivant la solution didactique la mieux adaptée aux caractéristiques individuelles, donc plus courte et plus rapide (…) Cette opposition dans les finalités conduit parfois à des conflits d’intérêt et à des blocages, certains pédagogues rejetant en bloc l’individualisation sous couvert de cet argument économique. Il faut toutefois raison garder : en cette matière comme en tant d’autres, les positions manichéennes conduisent à l’impasse et il faut au contraire dialectiser, c’est à dire introduire, y compris dans une perspective humaniste, une forme de rationalisation, c’est à dire bien souvent faire au mieux avec les moyens dont on dispose »



[1] Voir à ce propos nos travaux sur competice

Tag(s) : #Humeur

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